extrait "Les amants de la Pierre d'Appel"

Les amants de la Pierre d’Appel 

… sur la route des lieux sacrés celtiques des Vosges

  conte initiatique pour adultes

Florence M. LOUIS

(livre disponible à l'achat sur ce site par "contact")

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(extrait, chap 1 et 2)

Avant Propos

Ce conte spirituel est un voyage vers Soi, une quête partagée par deux êtres que le destin rapproche inexorablement.

Ainsi, retraçant l’itinéraire de ces deux âmes jumelles dans le petit pays des Vosges, le lecteur s’initie aux anciens rituels celtiques pratiqués jadis sur ces terres. Il parcourt en lui-même le territoire sauvage intérieur où masculin et féminin finissent par se rencontrer, et s’intégrer.

Tous les lieux énoncés existent réellement…la magie du silence et de l’amour pourront vous y mener…

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Merci à toi,

Le Voyageur de l’Infini !

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CHAPITRE 1

La ligne bleue des Vosges

Cette histoire débute il y a de cela des siècles, dans un petit pays du nord Est de la France. Un petit pays pris entre le Rhin,  la Forêt Noire,  la plaine d’Alsace, les Vosges, la Lorraine, et les premiers contreforts du Jura. Un territoire de montagnes, de lacs, de forêts, et de prairies, habité par la magie d’un héritage oublié.

A une époque bien plus lointaine encore, la Méditerranée recouvrait la France, à l’exception du massif des Hautes Vosges et d’autres massifs montagneux. Des plaines de toundra, des forêts de sapins et de bouleaux arboraient alors ces flancs plongeant dans les côtes salées et ventées de la mer. Depuis, le paysage a changé mais il en a conservé les témoignages : de larges bandes de schiste rouge, des massifs de quartz rose, des marmites glaciaires, avec leurs cirques et leurs cascades, ainsi que d’étranges lieux qualifiés par les habitants de magiques ou ensorcelés. Les légendes sur le petit peuple alimentent encore l’imaginaire des villageois, et plus que tout, assurent un lien invisible entre la terre des ancêtres, les forces de la Natureet le destin des Hommes.   Le temps où là Terre chantait en harmonie avec l’humanité, les  peuples de la Nature, l’esprit des plantes, des animaux, est révolu, mais la mémoire demeure.

 Les fabuleuses histoires que se plaisaient à narrer les paysans le soir au coin du feu, plongeaient l’auditoire dans l’émerveillement, dans un monde qui leur faisait oublier le dur labeur de leur journée. La fable des enfants d’Illuter, êtres rugissant, capables d’exploits de géant, ou celle des nains de Ferette prêts à aider les laboureurs, en était des exemples.  

C’est là, dans cette région bossue et mystérieuse que virent le jour, Aurianne et Cyrven.  Deux êtres, apparemment comme vous et moi, et qui pourtant allaient, par leur union, modifier le regard de l’esprit des Hommes.

Cyrven naquit dans le comté de Ferette, au château de Liebenstein, emporté depuis, par un tremblement de terre. Tout comme son père, et son grand-père, il était appelé à devenir comte. 

Aurianne vint au monde dans le comté de « La petite pierre », situé plus au nord, de l’autre côté des montagnes vosgiennes, sous la domination de ceux de Metz, et Lunéville. De cette époque, subsiste aujourd’hui  encore le château de Lutzelstein.

C’est sur ce promontoire rocheux, à mi – chemin de la plaine d’Alsace et du plateau Lorrain, lieu anciennement connu et occupé par les Celtes, puis par les Romains, que son père et sa famille, condamnés au ban avaient trouvé refuge.

 La ligne bleue des Vosges était l’unique rempart qui les séparait.

Tous deux furent élevés selon les us et coutumes de l’époque. Aurianne approchait de sa dix-septième année. Son plus grand désir était d’explorer le monde, sa diversité, sa richesse. Au grand désespoir de ses parents, elle ne s’intéressait pas à prendre époux.  Ses longues excursions à l’aube ou à la tombée du jour dans les forêts de ce pays pittoresque la nourrissaient. La forêt de la Petite Pierre était parsemée d’étangs et de cours d’eau et offrait un vaste terrain à sa nature aventurière. Chaque pas   l’encourageait à poursuivre sa route vers des terres inconnues. C’est ainsi qu’elle avait découvert des lieux insolites et des passages vierges de toute trace. Parmi ceux là, la Pierre des Douze Apôtres, un obélisque de grès, à l’est du château, ou la grotte de Saint Vit, dans la forêt du Griffon, près du village de Wasserwald, au sud ouest. Cette cavité était réputée abriter un cerbère prêt à dévorer quiconque y pénétrait, mais elle était également un lieu de pèlerinage, qui aurait été l’abri d’ermites pour des périodes plus ou moins longues.

Les tribus Celtes, descendantes des Atlantes selon certains, avaient habité ces contrées environ 3000 av JC. Cette région était parée de menhirs, tumuli, dolmens, laissés à l’abandon. Ici, la vérité s’ancrait dans les veilles connaissances druidiques attachées à la terre. Leur science s’accordait aux lois de l’univers, et aux esprits de la Nature. Le druide, chef de la communauté, juge, souvent médecin, poète, musicien, et parfois initiateur, en était le garant. La druidesse, quant à elle, était celle qui transmettait, tant aux hommes, qu’aux femmes, l’initiation, la tradition ésotérique. Ces enseignements avaient été brûlés par le temps.

Ces mégalithes étaient pour la plupart à présent christianisés. Leur disposition avait eu pour fonction d’édifier une maille de protection pour la planète, comme une toile d’araignée, capable de renforcer les forces vitales de la Terre. Il n’en restait que les vestiges de quelques lieux. La science de ces bâtisseurs, transmise de façon orale, et dans un langage codé, s’était volatilisée avec leur civilisation. Cependant certains sites vivaient encore, et leurs effets, compris comme des évènements surnaturels, perduraient.

Aurianne était curieuse, avide de savoirs. Toute cette magie la faisait rêver et voyager. Les profondeurs du château où elle vivait, recelaient un lac souterrain. On y accédait par une sorte de labyrinthe aux couloirs exigus. Le lac se nichait dans une poche de grès, semblable à une crypte ou à un ancien temple. Sa forme en marmite géante, encerclée de parois roses, accrochait, tels des diamants, la lumière de la torche. Les eaux de ruissellement captées servaient de citerne d’eau à la forteresse. Un puits en facilitait l’usage. Au creux de la terre et de la pierre, sur les abords du lac souterrain,   Aurianne trouvait le réconfort et la communion avec elle - même.   

Cyrven avait un frère cadet. Son père, un homme respectueux des traditions, avait promis à Cyrven la gestion du domaine. Mais sa préférence allait pour le cadet, qui aimait la lyre, les jeunes filles, et la chasse. Lorsque son frère, de deux ans de moins que lui, atteignit l’âge de dix sept ans, il annonça au grand damne de sa famille, qu’il souhaitait quitter le château pour parcourir le monde. Il demanda sa part d’héritage, et s’envola tel l’oiseau migrateur. Le piège s’était refermé sur Cyrven. Lui qui se sentait appartenir à une autre lignée, et espérait que le cadet assume la continuité des anciens, se retrouvait comme figé dans une place qui n’en était pas une. Déchiré entre le désir d’une autre vie, celle d’un homme libre, et le respect de constructions ancestrales, il se sentait dépossédé. Il devait être le fils modèle, il avait toujours dû l’être, conforme aux attentes de ce père tout puissant. Il avait renoncé à lui –même et s’était assigné à obéir aux ordres paternels.  

Petit à petit, il devenait son père. Et celui-ci, le temps passant, commençait à aimer ce fils envers qui il n’avait pas manifesté grand intérêt jusqu’alors. Mais, quelques années plus tard, le cadet revint. Il avait dépensé toute sa fortune. Le père qui avait nourri de reproches le comportement du fils aimé, un fils qui avait dénié renier son autorité, renier les valeurs même de la famille, eut une réaction surprenante. Au lieu de le rabrouer, ou de le chasser, il organisa une grande fête en son honneur ; son fils était la brebis égarée qui avait retrouvé le chemin de la raison, le sens du vrai. Mieux, cette traversée du désert avait fait de lui un homme. La fête dura toute la nuit, une nuit de ripaille et de danses. Cyrven avait senti la colère monter en lui. Jamais son père ne lui avait démontré une telle marque d’attention, ou offert un tel cadeau. Fallait-il lui aussi qu’il renie son père pour en être aimé ? Il se sentait trahi, nié. A présent tout était clair dans sa douleur. Quelque chose de profond entre lui et son père venait de se briser. Il découvrait ce dont il s’était jusqu’alors interdit, la haine. La haine pour ce frère qui prenait toute la place. Le sédentaire asservi qu’il était se sentait un instinct meurtrier, prêt à dévorer la chair d’un frère de sang. Son cœur se mit à battre violemment.  Il était maudit. Coupable de sa naissance. L’obscurité envahissait tout. Il ne pouvait plus rester. Il devait s’enfuir, et ne jamais revenir.

  

CHAPITRE 2

L’alternative du départ

 Aurianne, de descendance royale, se devait de prendre époux. Son père entendait redorer le blason familial et reconquérir la place perdue, à cause de l’exil. Mais Aurianne aspirait à d’autres rêves. Elle aussi était née de l’exil, et plus que jamais, elle revendiquait sa liberté, et son droit de choisir.

Chaque jour était un nouveau jour ; chaque nuit prétexte à l’ouverture des portes d’un imaginaire coloré de rêves sur des mondes infinis.

 Un jour, le Roi déchu, estima que sa fille était suffisamment mûre pour se marier et que ses caprices devaient prendre fin. Aurianne avait le devoir de fonder une alliance avec un comté voisin. Elle protesta d’abord, puis voyant que rien ne pouvait ébranler la décision paternelle, accepta d’y consentir à condition de pouvoir, avant ses noces, réaliser le pèlerinage du Mont Saint Odile. Son père lui accorda cette faveur et mandata une servante, qui ne connaissait pas sa fille  pour l’accompagner et la surveiller.

De nombreuses saintes chapelles avaient été édifiées au Mont Sainte Odile ; la Chapelle des Larmes, où la sainte Odile, qui aimait prier et méditer dans la forêt, venait se recueillir,  la Chapelle des Anges, réputée auprès des jeunes filles désireuses de se marier. On racontait qu’elles devaient en faire le tour trois fois en prononçant le nom de leur élu  pour être assurées d’en être épousées dans l’année.

La servante, Arlette, devait veiller à ce qu’Aurianne prononce à voix haute le nom du prétendant désigné, sans quoi elle serait chassée du comté.

Dès le lendemain matin, elles prirent respectivement leur monture et se mirent en route vers Saint Odile.

La profonde forêt, l’enivrante odeur secrétée des sapins, les rayons du soleil illuminant les feuillages et les branches épineuses, évoquaient à Aurianne un sentiment étranger et familier. Son cœur palpitait.

A l’heure des adieux, sa mère l’embrassa et sans un mot, la regarda partir. Elle pria secrètement que sa fille soit gardée au cours de son périple, et fit trois nœuds dans son mouchoir, comme pour conjurer tout mauvais présage.

La première matinée débuta par la descente au travers de la forêt de la Petite Pierre. La forêt dominait le val encaissé du Zinsel qu’elles  longèrent jusqu’à bifurquer à son affluent en direction de Phalsbourg, pour éviter le col de Saverne. 

Après deux bonnes heures, elles s’arrêtèrent à un ruisseau. Aurianne s’apprêtait à descendre de cheval lorsque Arlette se jeta sur elle comme un bête enragée. Tous les gestes de la jeune femme étaient interprétés comme s’ils pouvaient être propres à la manigance d’une fuite.  Prolixe, et méfiante, Arlette remplit la gourde et remonta en selle.

La route de Phalsbourg fut longue.

Lutzelbourg. Première étape. Elles étaient attendues par un vieil ami de la famille. De nombreux marchands venus de l’Est et du Nord s’y arrêtaient. Le passage du fleuve impérial, le Rhin, avait contribué à rendre la bourgade prospère et animée. L’occasion pour Aurianne de sortir de l’ambiance pastorale, malgré la présence de sa duègne.

 Le lendemain matin, alors que le soleil enveloppait les cimes de sa robe orangée,  elles prirent congé. L’escale prévue, le village de Wangenbourg. Trois à quatre jours de cheval, selon les contraintes du voyage, permettait de parvenir au mont. Trois à quatre jours qu’Aurianne pressentait comme un véritable calvaire. La beauté du paysage,  les bribes de conversations des paysans ou des marchands, ou encore la douceur de son destrier, lui faisait parfois oublier Arlette, mais l’envahissement, l’emprise qu’elle ressentait l’oppressait. Aurianne ne comprenait pas pourquoi cette femme la harcelait. Sa mission  dépassait l’entendement. 

S’évader, échapper au carcan familial taraudait l’esprit d’Aurianne. Cependant, elle ne souhaitait pas fuir sa réalité. Pétrifiée dans le mutisme et l’immobilité, la route semblait interminable. Après avoir suivi le Rhin en compagnie de troupeaux,  de marchands, et d’autres itinérants, elles avaient rasé le Zern, un cours d’eau plus modeste mais tout aussi tourbillonnant et vigoureux que son grand frère. La région était boisée. De nombreux ruisseaux dévalaient la forêt de Saverne juchée sur le versant nord. Après une vingtaine de kilomètres, apparût le village d’Haselbourg. Elles y firent une pause. Le tronçon entre Haselbourg et Wangenbourg  s’annonçait plus ardu. Bien que balisé, le chemin montait en zig zag au milieu des sapins et des feuillus sur un fort dénivelé.

C’était le domaine de la forêt du Dabo. Un domaine connu pour son rocher extraordinaire semblable à un vaisseau fantôme.

Aurianne et Arlette connaissaient, comme tous les gens du pays, les histoires du mystérieux roc. Un bloc, pareil à un paquebot posé sur un désert de steppe. Aurianne était excitée comme  un enfant qui s’émerveille devant le spectacle grandiose et coloré de la vie.

Elles avançaient sur un large chemin de terre, une travée de lumière au milieu de l’obscurité touffue avoisinante, quand soudain surgit le monument pittoresque. Elles s’y arrêtèrent. Cette pause n’enchanta pas Arlette, qui croyait aux superstitions, mais elle y consentit. Les chevaux devaient  se reposer et elles de reprendre  des forces.

La silhouette de l’arche avait émergé dans l’échancrure des feuillages. Perché sur un promontoire vierge, ses hautes parois ressemblaient à des remparts naturels.

Le vent sifflait. La terre était sèche. Aurianne se sentait toute petite devant le fantastique ouvrage. Des forces supérieures conversaient autour d’elle. Des présences invisibles l’invitaient à plonger dans un autre univers.Elle inspira à pleins poumons. La puissance du lion entrait en elle. La volonté de s’affranchir de son sort grandissait. Ce lieu était taillé par des dieux pour des dieux, pour des Hercule, des Achille, et elle espérait que l’un d’entre eux se pencha sur elle et écouta son désir.

Arlette s’agitait. Tel l’animal aux aguets, elle observait l’horizon de toutes parts.

Aurianne sentait en elle une énergie revivre. « Chacun a ses régions ténébreuses. » Se dit-elle.  « Dorénavant je veillerai à discerner ce seuil infime où viennent s’attacher les chaînes de mes dépendances, des manques et des peurs, afin que nul ne puisse me mettre en esclavage. »   

 Soudain, un cri perçant déchira le murmure de la bise. Arlette s’écria à son tour « Nous partons, en selle ! » comme pour répondre à l’oiseau qui l’avait réveillé de sa torpeur. Elles prirent le petit sentier qui rejoignait le chemin forestier menant vers Engenthal et Wangenbourg.

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